Textes de et collationnés par Peter Lehmann
Psychotropes, Réussir son Sevrage – Se désaccoutumer avec succés des neuroleptiques, antidéprésseurs, thymorégulateurs, psychostimulants et tranquilisants

Cover Cartonné, 272 pp., ISBN 978-2-87434-170-0. Embourg, Belgique : Editions Résurgence (Marco Pietteur) 2018 (sous presse). € 25.– · prix de vente en CHF · autres devises · disponible du 21 juin 2018 · Vormerkbutton

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Avec les contributions de Karl Bach Jensen, Regina Bellion, Wilma Boevink, Oryx Cohen, Bert Gölden, Gábor Gombos, Maths Jesperson, Klaus John, Bob Johnson, Manuela Kälin, Kerstin Kempker, Leo P. Koehne, Peter Lehmann, Ulrich Lindner, Jim Maddock, Mary Maddock, Fiona Milne, Mary Nettle, Laurent Pelissier, Pino Pini, Roland A. Richter, Marc Rufer, Lynne Setter, Martin Urban, David Webb et Josef Zehentbauer

Information

Des milliers de personnes prennent des psychotropes psychiatriques (p. ex. Anafranil, Haldol, Largactil, Laroxyl, Léponex, Nozinan, Prozac, Séresta, Solian, Témesta, Tercian, Tranxène). Pour ces personnes, il est essentiel d'entendre les témoignages de personnes qui ont réussi à arrêter de prendre ces substances sans devoir retourner chez le médecin. Dans « Psychotropes, Réussir son Sevrage », dix-sept personnes d'Australie, d'Autriche, du Danemark, d'Angleterre, d'Allemagne, de France, de Hongrie, d'Irlande, des Pays-Bas, de Nouvelle-Zélande, de Suède, de Suisse et des Etats-Unis parlent de leurs expériences.

De plus, huit professionnels de la santé travaillant dans la psychothérapie, la médecine, la psychiatrie, etc. décrivent comment ils ont aidé leurs patients à s'en sortir.

Les chapitres

  • La décision d'arrêter
  • Arrêter la prise des psychotropes pas à pas
  • Contre-poids
  • Sevrage avec une aide professionnelle
  • Mieux vaut des psychotropes de temps en temps que continuellement
  • Soutien professionnel
  • Après l'arrêt

« Le livre apporte un message provocateur : les expériences vécues diffèrent parfois des conventions scientifiques. Le livre est basé sur les expériences personnelles des personnes concernées et des quelques professionnels qui aident des patients à se sevrer des psychotropes. Cela représente ainsi un bon point de départ de discussion. Ce livre devrait être accessible dans chaque cabinet médical, chaque service thérapeutique et dans toute bibliothèque accessible aux patients. » (Pirkko Lahti, Femme présidente de Fédération mondiale pour la Santé Mentale)

« Ce livre est un must pour tous ceux qui hésitent à prendre ou à ne plus prendre ces médicaments légaux qui modifient la personnalité et peut-être encore plus pour ceux qui les prescrivent. » (Loren R. Mosher, Directeur de Soteria Associates, Professeur clinique de psychiatrie)

Avant-propos de Claude Deutsch

La question du sevrage des médicaments psychotropes est, en France et dans les autres pays francophones, un sujet délicat, pour ne pas dire un sujet tabou. La décision, voire même seulement le souhait de l'arrêt de ces médicaments exprimé par la personne qui en prend est souvent vécu comme les prémisses d'une rechute par l'entourage, tant les proches que le médecin. L'idée que le patient devra prendre ses médicaments psychotropes toute sa vie est si courante que prétendre que ce n'est ni évident, ni systématique passe le plus souvent pour un blasphème aux yeux d'une opinion acquise à considérer le médicament comme la panacée.

C'est pourtant le défi de ce livre que mon expérience ne dément pas. J'ai connu, je connais, des personnes qui disent que lorsqu'ils sont tentés d'arrêter les psychotropes, ils se sentent perdre pied et se sentent en danger de décompensation. J'ai connu, je connais, des personnes qui, après des années de traitement psychopharmacologique se disent « guéries » et ne prennent plus de traitement. J'ai connu des psychiatres qui menaçaient leur patient de réhospitalisation s'ils arrêtaient leur traitement et donc qui, « patiemment », écoutaient ce que celui-ci pouvait en dire et accompagnaient le sevrage.

J'ai entendu hier une psychiatre dire: « Quand mon patient me dit qu'il veut se passer de neuroleptique, je lui dit que je lui déconseille, que c'est mon opinion, et qu'il peut avoir une opinion différente. Nous pouvons, chacun avoir une opinion. » J'ai trouvé cette psychiatre pleine de bon sens car elle considérait sa pratique médicale comme une possibilité et non comme un dogme. Ce faisant, elle laissait la place à la parole de celui qui, de patient devenait un usager, un interlocuteur. Cela rejoint l'ambition de ce livre.

Ce livre est le porte-parole des personnes concernées et de ceux qui leur prêtent du soutient. Il revendique le fait que les usagers sont porteurs d'un savoir, que l'expérience individuelle peut être transmissible et par là être un outil de connaissance. Il n'est pas le seul à revendiquer ce moyen de connaître. C'est ce que les universitaires, après les anglo-saxons appellent les « studies ». Les « gender studies » ont soutenu la revendication féministe. On commence à connaître les « disability studies » grâce aux travaux d'Henri-Jacques Stiker, Jean-François Ravaux et d'autres. On connait moins les « mad studies », sans doute parce que la parole des personnes en souffrance psychique est terriblement polluée par la défiance du récepteur, par son soupçon a priori quant a la crédibilité que l'on peut accorder à la personne.

Mais ce soupçon n'est-il pas ce qui caractérise tout témoignage? Quand Paul Ricoeur nous fait justement remarquer: « L'attestation se présente d'abord comme une sorte de croyance... C'est dans la parole du témoin que l'on croit. Mais ce que ne revendique pas l'attestation, c'est le caractère de garantie... Cette vulnérabilité s'exprimera dans la menace permanente du soupçon, étant entendu que le soupçon est le contraire spécifique de l'attestation » (1) c'est pour relever la dimension épistémologique que la méthode par laquelle le particulier rejoint le collectif: « L'opération narrative développe un concept tout à fait original d'identité dynamique qui concilient les catégories mêmes que Locke tenaient pour contraires l'une à l'autre: l'identité et la diversité. » (2)

C'est dire que l'on ne peut séparer le travail théorique de Peter Lehmann de son activité engagée. J'ai connu Peter Lehmann, d'abord grâce à Claude Louzoun et le Comité Européen Droit Ethique en Psychiatrie puis lors du congrès de la Fédération Mondiale de Santé Mentale de Lahti. Peter est, aux côtés de Maths Jesperson, Karl Bach Jensen et Wouter van de Graaf et d'autres, un des fondateurs du Réseau Européen des Usagers et Survivants de la Psychiatrie (ENUSP – por son acronyme anglais). La naissance de cette organisation à Zandfoort, en 1991, a été pour quelques uns d'entre nous un évènement d'une importance exceptionnelle. Inspiré par le mouvement pour la Vie Indépendante des personnes handicapées des campus californiens (dans la continuité de la lutte pour les droits civiques des noirs et des revendications féministes), mais aussi par le mouvement mondial pour la santé mentale (3), le WNUSP (4) au niveau mondial et l'ENUSP au niveau européen ont porté la parole des personnes en souffrance psychique au niveau du discours politique. C'est à partir de ces années-là et grâce à cet exemple là, que l'on peut parler, en France de la naissance des associations d'usagers en santé mentale et personnes concernées par la psychiatrie.

Pourquoi certaines personnes parlent de survivants? En tant que membre du conseil d'administration de l'ENUSP, Peter Lehmann a expliqué: « Survivre à la psychiatrie ne signifie pas que les psychiatres sont accusés d'essayer de tuer intentionnellement des gens. Mais cela signifie que les diagnostics tels que la « schizophrénie » ou la « psychose » ont très souvent un effet déprimant et stigmatisant, conduisant à la résignation et à l'hospitalisation chronique. Et cela signifie que les effets médicamenteux tels que le syndrome malin des neuroleptiques ou les attaques dystoniques ou épileptiques peuvent être un danger pour la santé et la vie, qui doivent être survécu. » (5)

La même chose s'applique aux crampes mortelles, qui peuvent résulter d'un retrait trop rapide.

Car c'est bien d'un mouvement, dont il s'agit et , disons-le d'un mouvement d'émancipation. La prise de parole collective de ceux que l'on pourrait appeler le « Peuple des Malavivre », par comparaison avec le « Peuple de la Misère » d'ATD1/4Monde est beaucoup plus que la revendication de la qualité des soins, voire d'une bonne guérison, ou même d'un authentique rétablissement. Elle inclut cela, évidemment car personne ne peut se complaire de vivre avec la souffrance, et que nous sommes ici en face d'une souffrance terrible, d'une souffrance d'autant plus redoutable qu'elle ne se voit pas, d'une souffrance qui peut faire exploser le rapport au monde pour la personne. Mais ce mouvement va plus loin parce qu'il inclut aussi la prise en compte de la différence. Les personnes en souffrance psychique demandent à être respectées. Elles revendiquent la dignité. Elles ne veulent pas être considérées comme des personnes à part, mais des personnes à part entière.

Dans ce mouvement, elles s'engagent. Elles s'approprient le pouvoir d'agir, en particulier quand elles décident si elles continuent prendre les psychotropes ordonnés ou si les elles arrêtent. En revendiquant leur dignité, elles s'approprient leur sentiment d'exister.

Notes
(1) Ricœur, Paul: « Soi-même comme un autre le Seuil » (1990), pp. 33-35.
(2) Ibid., p. 170.
(3) Rappelons que l'un des pères fondateurs de la Fédération Mondiale de Santé Mentale, Clifford Beers, était un usager animé du projet de rénovation des institutions psychiatriques.
(4) Rappelons ici le rôle joué par le WNUSP dans l'élaboration de la CDPH-ONU (la Convention relative aux droits des personnes handicapées, adoptée le 13 décembre 2006 par l'Assemblée générale de Nations Unies) et notamment de l'article 12.

Photo de Claude Deutsch

Claude Deutsch
Docteur en Psychologie, Docteur en Philosophie, Conseiller scientifique et technique d'Advocacy France. Auteur de « Je suis fou, et vous ? » (Erès 2017) a été Président de Santé Mentale Europe et Vice-président de la Fédération Mondiale de Santé Mentale
Paris, le 19 avril 2018

Préface de Pirkko Lahti

Ce livre, le premier au monde à traiter de « l'arrêt réussi de la prise de psychotropes », a été publié en 1998 en Allemagne. Il vise en premier lieu les personnes prêtes à arrêter – de leur propre chef – la prise de psychotropes. Mais il s'adresse également aux familles et aux thérapeutes.

Des millions de personnes prennent des psychotropes psychiatriques, par exemple l'halopéridol [neuroleptique ; commercialisée sous les noms de Haldol, Halopéridol, Novo-Peridol, Serenace], la fluoxétine [antidépresseur ; commercialisée sous le noms de Deprexin, Fluctine, Fludac, Fluoxetin, Fluoxétine, Fluoxone, Fontex, Prozac, Salipax] ou l'olanzapine [neuroleptique ; commercialisée sous le noms de Olanpax, Olanzapin, Olanzapine, Olazax, Onezyp, Zalasta, Zypadhera, Zyprexa]. Pour ces individus, avoir accès aux récits détaillés d'autres personnes, pour lesquelles l'arrêt de la prise de ces médicaments ne s'est pas traduit par une nouvelle visite chez le médecin, représente un intérêt crucial.

Nombre de mes collègues qui travaillent dans le domaine de la santé mentale passent beaucoup de leur temps à développer les critères concernant l'administration de psychotropes. Les diagnostics tels que les actes impulsifs, la dépression, les dermatoses, l'hyperactivité, les formes extrêmes de nausée et de vomissement pendant la grossesse, l'insomnie, l'énurésie nocturne, la psychose, le bégaiement ou le mal des transports peuvent mener à l'administration de neuroleptiques, d'antidépresseurs, du lithium [thymorégulateur ; commercialisée sous le noms Camcolit, Carbolith, Eskalith, Lithane, Lithiofor, Lithium, Lithmax, Maniprex, Priadel, Quilonorm, Téralithe], de tranquillisants et d'autres psychotropes. La multiplication des indications est lourde de responsabilités et de conséquences.

Diagnostics et indications mènent souvent à l'emploi de psychotropes, traitement qui peut durer longtemps. Qui est à même de prédire si l'on peut arrêter la prise de psychotropes sans problèmes, une fois le temps venu. Nous connaissons déjà les effets de dépendance produits par les tranquillisants mineurs, les benzodiazépines en particulier. L'arrêt sans assistance thérapeutique ni connaissance des risques peut prendre une tournure dramatique. Quels sont les risques quand on arrête la prise de neuroleptiques, d'antidépresseurs ou du lithium?

Quels facteurs favorisent le sevrage avec succès, succès au sens où les patients ne se retrouvent pas immédiatement dans le cabinet du médecin mais vivent libres et en bonne santé, ce que nous souhaitons tous ? Quelles sont les conditions qui pourraient entraîner une rechute rapide après l'arrêt ? N'avons nous pas entendu parler des problèmes occasionnés par l'arrêt de la prise de psychotropes, des modifications de récepteurs, de la super-sensitivité psychotique ou d'épisodes psychotiques liés au sevrage ? Qui est capable de faire la distinction entre rechutes et problèmes de sevrage cachés ?

Ne laissons-nous pas nos patients seuls avec leurs soucis et leurs problèmes quand ils ont décidé de leur propre chef – quelque soit la raison – d'arrêter la prise de psychotropes? Où pourront-ils trouver l'assistance, la compréhension et les exemples positifs s'ils se détournent de nous, désillusionnés (ou nous d'eux) ?

Peter Lehmann, membre de la direction du Réseau Européen des (ex-) Usagers et Survivants de la Psychiatrie (REUSP) et ex-membre du Conseil d'Administration de Santé Mentale Europe, section européenne de Fédération Mondiale pour la Santé Mentale, est reconnu en tant que premier expert mondial à avoir rassemblé des témoignages sur l'arrêt réussi de la prise de psychotropes par les personnes concernées et sur l'assistance portée aux patients dans cette démarche, par leur thérapeute.

Dans ce livre, 28 personnes originaires d'Australie, de Belgique, du Danemark, d'Allemagne, d'Angleterre, de Jugoslavija, de Nouvelle Zélande, des Pays Bas, d'Autriche, de Suède, de Suisse, de Hongrie et des États Unis, décrivent leurs expériences liées à l'arrêt de la prise de psychotropes. De plus, huit psychothérapeutes, médecins généralistes, psychiatres, travailleurs sociaux, psychologues et naturopathes témoignent du soutien apporté à leurs patients dans le sevrage. La dimension internationale des auteurs donne au livre une perspective très large des différentes expériences et connaissances.

Le livre apporte un message provocateur : les expériences vécues diffèrent parfois des conventions scientifiques. Le livre est basé sur les expériences personnelles des personnes concernées, (ex-) usagers et survivants de la psychiatrie et des quelques professionnels qui aident des patients à se sevrer des psychotropes. Cela représente ainsi un bon point de départ de discussion. Ce livre devrait être accessible dans chaque cabinet médical, chaque service thérapeutique et dans toute bibliothèque accessible aux patients.

Photo de Pirkko Lahti

Pirkko Lahti
Présidente de la Fédération Mondiale pour la Santé Mentale (2001-2003)
Helsinki, le 19 août 2002

 

Préface de Loren R. Mosher

« Il n'y a pas de tyrannie plus grande que celle exercée au profit de la victime. » – C. S. Lewis

Ce livre est consacré à un thème autour duquel les idées aberrantes foisonnent. Nous vivons une époque de la « pilule pour chaque douleur ». Mais les gens accordent spécialement trop peu d'attention aux pilules qui agissent sur la psyché.

Qu'est-ce que cela veut dire traiter par médicaments l'âme, le moi, l'esprit humain ? Notre dictionnaire standard « Webster » définit la psyché des 3 façons précitées. Les produits chimiques (« psychotropes ») n'attaquent-ils pas le coeur de la nature humaine ? Ne devrait-on observer ce processus avec une grande prudence et beaucoup de circonspection ? Une fois commencé, ne devrait-il pas être continuellement surveillé ? Mais si les 3 – âme, moi, esprit humain – constituent l'être humain, les personnes concernées ne devraient-elles pas décider sur base de leur expérience subjective, si elles veulent les prendre ? La réponse est un oui franc et massif.

Soyons réalistes. Comme il n'y a que peu d'indicateurs objectifs de l'effet de ces médicaments, les rapports des patients ne sont-ils pas décisifs ? Les médecins et psychiatres qui prescrivent ces médicaments tiennent-ils soigneusement compte de l'expérience personnelle des patients avec chaque médicament ? Les réponses à cette question sont évidemment variées, mais si on parle une autre langue, qu'on appartient à une minorité, qu'on est pauvre ou considéré comme très malade ou interné de force en psychiatrie, la vraisemblance d'être vraiment écouté diminue considérablement – et elle n'est déjà pas élevée pour tous.

C'est pourquoi le coeur de ce livre est très important : les histoires de gens que l'on n'a pas écoutés quand leur âme, moi et esprit humain souffraient à cause des psychotropes – souvent administrés de force. Il y a les histoires de décisions courageuses, qui ont été prises contrairement à l'avis d'experts influents (et parfois contre la famille et les amis). Après l'abandon des médicaments, le cerveau recommençait à fabriquer la situation originelle. On n'a pas averti la plupart d'entre eux que les médicaments modifiaient peut-être le cerveau (ou plus grave encore, tuaient des régions du cerveau) si bien que les phénomènes de manque apparaissent presque obligatoirement. Ils ne savaient pas non plus que ceux-ci peuvent être de longue durée et interprétés comme des récidives. Il existe des histoires horribles de ce qui peut (mais ne doit pas) arriver quand on essaie de faire revenir le cerveau à un fonctionnement normal après qu'il a été complètement sous l'influence de produits chimiques « thérapeutiques ». Cette souffrance était généralement nécessaire pour réparer l'âme, le moi et l'esprit humain – le coeur de la nature humaine.

Comme les médicaments sont souvent donnés sans réfléchir, de façon paternaliste et souvent inutilement pour guérir une « maladie » indéfinissable, le livre est aussi une accusation contre les médecins. On ne tient pas compte du serment d'Hippocrate – de ne pas ajouter de souffrance – dans la hâte de « faire quelque chose ». Comment est-il possible d'élucider s'il existe un meurtre de l'âme quand on ne connaît pas les rapports d'expérience des patients avec les médicaments qui ciblent directement l'essentiel de leur humanité ? Même s'ils font semblant d'être autre chose : les médecins ne sont pas des docteurs, pas des dieux de la médecine. Contrairement aux vrais dieux, les médecins doivent rendre des comptes.

Ce livre est un must pour tous ceux qui hésitent à prendre ou à ne plus prendre ces médicaments légaux qui modifient la personnalité et peut-être encore plus pour ceux qui les prescrivent.

26 août 2002
Dr. med. Loren R. Mosher (1933-2004)
Directeur de Soteria Associates
Professeur clinique de psychiatrie, Université de Californie, San Diego

Photo de Loren Mosher

Loren R. Mosher MD
Director, Soteria Associates
Clinical Professor of Psychiatry, University of California at San Diego, School of Medicine
Le 26 août 2002

 

Note juridique

La connaissance des risques et périls de la prise des psychotropes psychiatriques n'échappent pas à un développement permanent. L'expérience augmente nos connaissances particulièrement en ce qui concerne l'arrêt d'un traitement aux psychotropes. Si une réduction de la dose est mentionnée dans le présent livre, les lecteurs pourront être confiants que les auteurs ainsi que l'éditeur ou la maison d'édition respectivement ont apportés beaucoup de soins à ce que cette mention correspond à l'état des connaissances au moment de l'achèvement du livre.

Étant donné qu'une multitude de facteurs individuels (états physique et psychique, situation sociale, conditions de vie, etc.) jouent un rôle essentiel dans le processus de l'arrêt d'un traitement aux psychotropes, les affirmations des auteurs ne doivent pas être considérées comme suggestions applicables à tous les lecteurs. Donc les lecteurs sont tenus de vérifier si leur décision d'arrêter d'une manière particulière la prise des psychotropes, après la lecture du présent livre, est réalisée en toute responsabilité et d'un œil critique tout en tenant compte de leurs conditions de vie y compris de leurs états physique et psychique ainsi qu'après consultation éventuelle d'un spécialiste dans la matière.

Une telle vérification est très importante en cas de médicaments rarement prescrits ou de substances neuves sur le marché.

Par suite de ces circonstances, l'éditeur, la maison d'édition et les auteur(e)s ne pourront être tenus responsables des conséquences des effets non souhaités ni de la prise de psychotropes ni de l'arrêt de tels traitements. L'éditeur s'adresse à tous ceux qui concernés, voudront bien avoir l'amabilité de lui communiquer soit le manque de précisions soit les échecs rencontrés lors de l'expérience d'un arrêt bien réfléchi du traitement et de lui en expliquer en détail les circonstances y relatives.

Peter Lehmann
29 Avril 2018

Préface

« Cherchons auteurs pour contribution de textes ayant pour sujet ‹L'arrêt de la prise de psychotropes›. » Tel était le titre de mon appel lancé en 1995 dans les cercles concernés du monde entier. Voici ce que j'écrivais :

« ‹Arrêter la prise de psychotropes – Témoignages concernant la prise de tranquillisants, antidépresseurs, neuroleptiques, carbamazépine [Anti-épileptique administré comme prophylactique de phases et thymorégulateur respectivement, sous le nom commercial de Atretol, Carbamazepin, Carbamazépine, Carbatrol, Carsol, Neurotop, Novo-Carbamaz, Tegretal, Tégrétol, Timonil] et le lithium›. Tel est le titre d'un livre qui doit être publié en 1997/98. L'intérêt de savoir qu'il est possible d'arrêter les psychotropes tels que ceux mentionnés sans courir le risque de se retrouver immédiatement dans le cabinet du médecin ou à l'hôpital psychiatrique est essentiel pour la majorité des personnes à qui ils sont prescrits. Dans ce but je suis à la recherche d'auteurs qui ont eux-mêmes fait l'expérience d'essayer de mener une vie sans psychotropes psychiatriques et qui sont prêts à en témoigner. Je cherche également des témoignages de personnes qui ont réussi à aider d'autres personnes à se sevrer des psychotropes soit à titre professionnel ou dans le cadre de leur vie personnelle. »

Je reçus un grand nombre de lettres de la part de personnes concernées qui se déclaraient prêtes à apporter leurs contributions. Parmi elles, il y avait des réponses de quelques professionnels dont les contributions se trouvent dans le livre. Une psychiatre de Berlin a plus tard refusé que sa contribution soit publiée, qui parlait de l'arrêt possible et par étapes pratiqué dans son cabinet, en parallèle avec des sessions de psychothérapie de groupe. La raison de ce refus était probablement la crainte (peut-être justifiée) de voir son cabinet envahi de patients prêts à supprimer les psychotropes. Sans réponses de la part de proches parents, j'avais envoyé mon appel à l'Association Fédérale Allemande des proches de 'malades psychiques'. Résultat : silence. La raison de ce manque d'intérêt des associations de parents proches résidait-elle dans le fait que l'industrie pharmaceutique offre depuis des années des informations gratuites ainsi qu'un accès libre à ses conférences sans paiement ?

Toutefois, ce serait une erreur grave de chercher la source des problèmes liés à la prise en continu de psychotropes, et des difficultés éventuelles à leur arrêt, uniquement dans l'insensibilité des proches de la personne ou dans leur ignorance du sujet, ou encore dans l'attitude négative des médecins ou de l'industrie pharmaceutique qui ne cherche qu'à protéger ses profits. Deux femmes qui avaient répondu à mon appel et qui souhaitaient témoigner de leurs expériences se sont ensuite désistées. Leur raison : elles avaient fait une ‹rechute›. Une autre femme disait que le moment d'arrêter avait été mal choisi. Sa raison : la séparation d'avec son ami. Encore une autre personne m'informait, sans donner d'autres détails, du fait qu'elle était retournée à la clinique en raison d'un nouvel épisode de psychose. Est-ce qu'elle vivait ce que les spécialistes appellent une « psychose d'arrêt » ou se sentait-elle simplement submergée de nouveau par des problèmes antérieurs dont elle n'était pas encore sortie ?

Bien entendu j'ai évité d'inciter autrui à l'arrêt. Je me suis expressément adressé à ceux qui avaient déjà arrêté avant mon appel. Pourtant je me pose la question de savoir si mon travail journalistique sur le sujet n'a pas de façon involontaire parfois incité certaines personnes à arrêter les psychotropes de manière imprudente ou pas assez réfléchie.

Depuis que les psychotropes psychiatriques sont prescrits, nombreux sont ceux qui ont pris la décision d'en arrêter la prise de leur propre chef. On ne peut que spéculer sur le nombre de personnes qui ont essayé d'arrêter sans être bien informées des risques éventuels, qui ont fait des rechutes et qui ont du recommencer un long cycle de traitement. Je pense qu'il est prudent de dire qu'un grand nombre d'essais auraient été réussi si ceux qui souhaitaient arrêter, ainsi que leurs proches, avaient été mieux informés des problèmes potentiels qui peuvent intervenir ainsi que des moyens pour éviter les rechutes souvent prédites.

En dehors de quelques exceptions, les professionnels ne se soucient guère de la façon dont ils peuvent aider ceux de leurs patients qui ont décidé de se sevrer des psychotropes. Leur tourner le dos et les laisser seuls avec leurs problèmes est preuve d'un manque de responsabilité vis-à-vis du sujet.

Il n'est pas possible dans un seul ouvrage de présenter toutes les différentes façons d'arrêter la prise de psychotropes. En tant qu'éditeur j'ai cru important que ‹mes› auteurs, outre les professionnels qui y ont participé, décrivent leurs désirs, angoisses et leurs façons de procéder aussi ouvertement que possible. Un seul interdit, ne pas donner de conseils à autrui, suggérer quoi faire ou distribuer des recettes miracle. Chaque lecteur doit pouvoir trouver sa propre voie et ses propres moyens tout en étant conscient des problèmes potentiels et des possibilités, en étant conscient de ses faiblesses et de ses forces ainsi que de ses limites et souhaits personnels. Les témoignages de ceux qui ont réussi à arrêter la prise de psychotropes psychiatriques devraient montrer qu'il est possible d'atteindre le but souhaité sans dommage et qu'il est possible de mener une vie exempte des conséquences d'un traitement aux psychotropes, totalement ou partiellement.

En vue d'exclure les malentendus, je voudrais insister sur le point suivant : Dans le livre, les essais sur l'arrêt des psychotropes ont une teneur positive. Ceci ne doit pas être une surprise puisque j'avais clairement requis des expériences positives. Il va toutefois sans dire que le sevrage peut faillir ou ne pas aboutir au résultat souhaité, c'est-à-dire mener une vie exempte de psychotropes et cela d'une manière durable. Étant donné que l'arrêt efficace n'est pas traité dans la littérature, et que de surcroit l'industrie pharmaceutique et les psychiatres patentés en font un tabou, il me semble plus que justifié d'offrir un espace d'expression à titre de contrepoids à cette réalité jusqu'à présent éclipsée par rapport à des informations partiales.

L'arrêt pratiqué de son propre chef ne constitue pas seulement un tabou mais est aussi considéré comme facteur de risque et on l'associe à un trouble psychiatrique. On trouve une illustration de cette approche dans un manuel de diagnostics psychiatriques distribué dans le monde entier, le DSM-IV-TR. La classification no. V15.81 (Z91.1) se rapporte à la « Non-observance du traitement ». Cette mention clinique, qui entre dans la catégorie des « Situations supplémentaires qui peuvent faire l'objet d'un examen clinique », peut facilement être attribuée à toute personne qui souhaite arrêter les psychotropes. Elle est censée être portée au dossier médical de la personne lorsque celle-ci juge que ses intérêts et valeurs personnels sont prioritaires par rapport à ceux des psychiatres prescripteurs des psychotropes :

« Les raisons de la non-observance du traitment peuvent inclure : l’inconfort résultant du traitement (p. ex., effets secondaires du médicament), les frais de traitement, des décisions fondées sur des jugements de valeur personnels ou des croyances religieuses ou culturelles concernant les avantages et inconvénients du traitement proposé, des traits de personnalité ou des styles de coping maladaptés… » (American Psychiatric Association, 2003, p. 850)
29 Avril 2018
Peter Lehmann